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    Sentiments mitigés

    Janvier. Nous n'avions pas choisi la bonne saison pour voler sur Hanoï. Quitter les 30°C de Malaisie pour les 15°C du nord Vietnam fut un choc. La pluie froide et le bruit incessant des klaxon des mobylettes, un autre choc.

    Vrai, Hanoï est une ville intéressante avec son passé colonial mais essayez donc de traverser les rues sans feu du vieil Hanoï ou de marcher sur les trottoirs servant de parking aux mobylettes et vous comprendrez pourquoi nous avons fuit pour le sud.

    Hué : la pluie nous suivait toujours. La DMZ : toujours de la pluie et pas grand chose à voir comparé au nombre d'heure de bus.

    Hoi An, enfin. Havre de paix près de la mer où la température redevenait clémente. Nous ne voulions pas partir mais nous avions prévu de faire la baie d'Along avant de reprendre l'avion.

    Baie d'Along, pas faite, trop froid, pas envie de nous peler sur les bateaux. Mais pourquoi n'avais-je pas bien lu le guide? Le sud Vietnam en janvier aurait été beaucoup plus attrayant !

    L'Asie sur mesure…lesquelles ?

    Après des années passées à bourlinguer en Asie, à rencontrer des gens qui se sont fait faire des vêtements sur mesure ou à les commander moi-même, mon expérience lors de mes dernières vacances au Vietnam n'aurait pas dû autant me surprendre. Mais il est des choses auxquelles je ne m'habituerais jamais, je pense.

    Hoi An. Petit village sympathique dont le centre ville est classé au patrimoine mondial de l'humanité. Village réputé pour sa confection sur mesure avec grand choix de tissus disait le guide.

    Grand choix de fausse soie, c'est certain, de synthétiques, fantastiques en pays chaud, de coton, pour les chemises d'homme, ou de lin, pas trop mal mais souvent de qualité inférieure.

    Sachant que le coton brut et la vraie soie – brûlée avec un briquet, elle sent le cheveu cramé - sont importés de Thaïlande, la fausse soie, de Chine et le lin, je ne sais pas d'où, j'ai commencé à être déçue.

    En lisant le guide, je m'imaginais trouver des gros cotons tissés main comme en Thaïlande ou en Birmanie. Que nenni au Vietnam !

    Parcourant les petites rues où les boutiques de confections rivalisent avec les restaurants, les fabricants de chaussures sur mesure et les marchands de lanternes, je cherche sérieusement un tissu qui me plaît, bien décidée à faire fonctionner le marché local.

    Je passe inlassablement d'une boutique à l'autre, affrontant au passage la technique de vente dite « chinoise » éprouvée et …éprouvante pour le client qui en est la cible. Le ton est d'emblée agressif et l'énervement gagne tout de suite votre vendeur comme si en criant suffisamment fort dans un anglais pidgin incompréhensible, il pouvait vous intimider à acheter sa marchandise. Une seule solution pour s'en sortir…fuir car vous n'arriverez pas à crier plus fort, pas assez d'entraînement.

    Bon an, mal an, vous mettez la main sur un coupon qui vous plaît dans une boutique où existe le modèle du pantalon que vous désirez. Sauvée, pensez-vous ! Voici le pantalon de mes rêves à mes mesures exactes. Eh bien, non !

    Bien sûr, la vendeuse vous mesure sous toutes les coutures. Vous expliquez que vous voulez ce modèle mais taille basse sans les poches sur les fesses. Pas de problème, c'est du sur mesure.

    Sur mesure, oui, mais pas les vôtres, celles du modèle d'exposition. Du coup lorsque vous revenez pour l'« essayage », le pantalon – totalement terminé, il ne manque pas une couture - a une taille haute, est trop moulant et possède des poches. Vous protestez, évidemment.

    Que ces Occidentaux sont compliqués ! semble vouloir dire le regard de la vendeuse mais business is business, elle vous répond « no problem, very easy, tomorrow ready ! »

    Le lendemain, légèrement suspicieuse – il faut dire que vos achats à travers l'Asie ne se sont pas toujours bien passés – vous revenez pour un nouvel essayage. Le pantalon n'est pas là, quelques minutes d'attente et miracle, il arrive en mobylette sur un cintre tenu à bout de bras. Vive les tissus sombres !

    Ah, un progrès ! Le pantalon ne moule plus honteusement votre fessier et la taille est basse mais elle baille devant et les poches sont toujours là. Air exaspéré de la vendeuse : « No problem, 3 o'clock ! » Au bout de quelques visites, l'article produit correspond à peu près à votre commande. Nous n'allons pas faire la fine bouche pour la modique somme de 12 $ US mais tout de même…

    Il semblerait qu'à chaque pays son problème.

    En Inde par exemple, la soie est de belle qualité – surtout à Varanassi – et le choix est impressionnant ; cela va de la soie sauvage à une soie fine, rebrodée avec un immense choix de coloris. Les tailleurs sont nombreux, efficaces. Où est le problème, me direz-vous ? Le fil…Il casse très facilement mais vraiment facilement. Il faut donc, dès que vous êtes rentrés chez vous, repasser sur toutes les coutures « sensibles » pour éviter un crac embarrassant au milieu d'un dîner chic… Ah, oui, j'oubliais…il arrive que le superbe costume en soie rétrécisse légèrement même au nettoyage à sec mais ce n'est qu'un détail, bien entendu…

    La Chine, pas vraiment de gros problème si ce n'est la couleur des boutons qui n'est jamais la même que celle du tissu. Boutons noirs et turquoise sur un chemisier vert mousse… où est le problème ? Décidément ces « foreigners » sont difficiles !

    En Thailande comme partout en Asie, ils sont très forts pour copier le modèle que vous leur amenez mais faire un modèle traditionnel adapté à un Occidental, c'est une autre paire de manche ! Des amies se sont fait tailler une cheongsam, la robe traditionnelle chinoise en brocard. Cette robe est superbe pour toute femme de taille fine. Elle donne une silhouette divinement élancée et sexy. En revanche, si vous avez quelques bourrelets, ce qui était le cas de mon amie format Viking, les tailleurs thaïlandais ne sont pas très doués pour adapter une robe qui, à la base, est très cintrée – dur de respirer – et en faire une robe moins près du corps pour cacher les rondeurs indélicates. Je vous garantis qu'avec de l'humour, les parties de fou rire seront au rendez-vous lors de l'essayage. Une chose est certaine, je ne me ferai jamais faire une robe pareille…

    Ma meilleure expérience du sur mesure reste Hong Kong, là, pas de problème, vendeurs indiens avec du bagout et tailleurs chinois aux doigts habiles…mais, pour les prix, c'est une autre histoire.

    Je n'ai jamais essayé le sur mesure en Malaisie… peut-être une autre grande aventure ?

     

          Kadyan      © Copyright 2008